Thu 13 October 2011
By Mathieu Agopian
In misc .
tags: polargeek
(Ceci est mon premier essai d'écriture. Je trouve l'idée sympa, mais la
réalisation est au mieux moyenne... faites moi connaître votre avis et
conseils d'amélioration dans les commentaires !)
Ça a recommencé.
Tout va être à refaire, tout ce que nous avons construit, patiemment,
péniblement, durant les 80 dernières années. Voilà l'amer constat qu'il
m'est donné de faire, au crépuscule de ma vie.
J'avais espéré pouvoir offrir à mes pairs, mes confrères et amis, un
avenir plus radieux que celui qui nous était initialement réservé.
Tout s'était mis en place, pièce après pièce, comme un puzzle, comme un
Tetris bien engagé.
Le point de départ : une morne journée d'octobre, et un développeur de
plus qui se fait dire que son boulot devrait être réservé aux débutants,
aux jeunes diplômés. Les mots résonnent encore dans ma tête : "Le
développement, c'est bouché, ça n'a pas d'avenir dans la vie d'un homme.
Il faut savoir évoluer, devenir chef de projet, consultant,
technico-commercial. Tout sauf rester prostré devant son ordinateur, en
concurrence avec les milliers d'autres programmeurs frais sortis de
l'école, toute cette main d'oeuvre bon marché. Il faut que tu saches
qu'aujourd'hui, trouver un programmeur c'est super facile. Un conseil,
évolue." Ces mots lâchés par un patron vraiment plus au goût du jour,
dépassé, mais toujours aussi puissant, ont fait écho aux nombreuses
plaintes, rancoeurs et billets de blogs traitant du sujet : le
développement n'était pas apprécié à sa juste valeur, n'était pas
apprécié du tout en fait. Et cette mentalité rampante était devenue à la
mode, comme une évidence.
Pourtant, le manque de développeurs était flagrant. Trouver un
collaborateur ou employé expérimenté, motivé et qui se tenait informé
des dernières avancées techniques était de plus en plus compliqué. Les
plus grandes entreprises comme Mozilla et Google attiraient la plupart
de ces perles rares qui savaient pouvoir y trouver un hâvre de paix, de
sérénité, et de liberté dans leur travail quotidien. Un endroit leur
permettant d'exprimer leur créativité, et leur plein potentiel.
La bascule a d'abord été imperceptible. Sous l'action d'un petit groupe
de Djangonautes (terme maintenant oublié depuis longtemps), les
évènements se sont enchainés :
tout d'abord les prix journaliers des indépendants ont augmenté,
d'abord lentement, puis de plus en plus rapidement pour atteindre les
prétentions de rockstars du SEO.
la mort d'une idôle de plusieurs générations, le grand Steve, et son
image de "technologie utilisable par tous". Lui et son idée du
"design avant tout" avaient fait de l'ombre pendant trop longtemps au
travail des milliers de développeurs qui avaient été nécessaires à
ses gadgets.
la création de nouveaux langages de programmation, comme Dart, qui
reniaient les avancées en lisibilité et clarté acquises
laborieusement par certains pionniers, dont Py^W ... celui que l'on
ne saurait nommer.
la généralisation de l'utilisation de langages complexes, d'abord
Java, puis Ruby, Dart, Pronog, Cortran, kobol, et enfin, le langage
qui les remplaça tous, le seul et unique autorisé de nos jours,
l'Ensembleur.
les initiatives incessantes de minimisation de l'intérêt de la
documentation, que ce soit sur les API, les langages, ou les projets,
leur ROI étant inexistant.
Une fois tout ça en place, l'étape suivant fût d'imposer des
restrictions sur les places disponibles en école informatique. Pour
faire voter une telle loi, il suffisait de se mettre quelques
politiciens dans la poche. En effet, depuis de très nombreuses années
déjà ils étaient devenus maître dans l'art de l'absurde, dans l'art de
présenter une idée comme étant la solution logique à un problème, alors
que c'était exactement le contraire qui était recherché.
Quelques exemples:
On ne veut pas que le piratage de la musique soit facile ? On va
limiter les téléchargements gratuits (et donc renforcer et enrichir les
solutions de piratage payantes).
Il y a des problèmes de sécurité depuis qu'on a augmenté les sanctions,
et diminué la prévention ? Continuons dans cette voie, et augmentons
encore les sanctions, et diminuons d'autant la prévention.
Ces raisonnements illogiques, présentés comme les seuls valables, ont
pavé le chemin à la grande loi : il y avait un manque d'informaticiens,
de développeurs ? Limitons les places dans les écoles d'informatique
pour les réserver à une "élite", qui serait bien plus efficace. Grâce au
lobby alors puissant des Congs, cette loi fût votée dans le plus grand
secret, en pleine nuit, par une poignée de fidèles, et ne rencontra donc
aucune opposition.
Le plan se déroulait à merveille jusque là, et il alors fallut franchir
le cap le plus difficile : le bannissement pur et simple du langage
qu'on ne saurait nommer, et du framework plébiscité jusque là par les
adeptes du web, le framework au poney magique.
Sans cette dernière étape, il n'aurait jamais été possible d'arriver où
nous en sommes maintenant. Ou devrais-je dire, où nous en étions il y a
encore quelques années.
Il n'était pas envisageable de garder un langage aussi facile,
accessible à tous et efficace, sous peine de fragiliser la main-mise des
informaticiens sur le précieux code.
Nous, les développeurs, sommes maintenant une caste renommée et
appréciée de tous, ou plutôt crainte de tous. N'étant plus qu'une
centaine de par le monde, nous imposons notre volonté aux hommes d'états
comme aux chefs d'entreprise. Quand nous nous déplaçons, les foules nous
acclament en espérant que nous daignerons continuer à maintenir les
infrastructures, les services et programmes qui régulent la vie
quotidien des 12 milliards d'habitants de notre planète.
Oui, dernièrement, la vieillesse aidant, nous nous sommes ramollis.
Notre emprise de fer s'est assouplie, et certains pseudo-langages ont
fait une timide apparition. Bien entendu, les créateurs étaient
immédiatement arrêtés, convertis, puis assujettis à notre cause.
Oui, ces pseudo-langages persistaient parfois pendant quelques mois,
soutenus et améliorés par quelques dissidents, quelques résistants du
monde de l'opensource, ces illuminés qui ne comprenaient pas notre
vision. En général une descente de flics chez ces derniers suffisait à
calmer leurs ardeurs.
Oui, depuis quelques années, notre influence diminuait, et les foules
qui s'ammassaient sur nos trajets avaient l'air moins craintives, plus
hargneuses et revendicatrices.
Oui, j'ai entendu parler il y a quelques mois d'un langage qui
persistait, et son nom aurait dû me mettre la puce à l'oreille : Boa.
Boa.
Voilà un nom étrangement évocateur. Il paraît que son auteur est
Hollandais, et qui plus est, barbu. On m'a même dit que ce langage
n'utilisait ni accolade, ni même de point-virgule ! Sacrilège !
Nous aurions dû nous en inquiéter, nous aurions dû préparer la relève
il y a bien longtemps, une relève forte qui nous aurait sorti de ce
mauvais pas.
Ça a recommencé... mon infirmière, au détour d'une conversation, m'a
dit hier ces quelques mots, d'apparence anodine, mais qui résonnent
depuis dans ma tête. Ces quelques mots annonciateurs du retour du grand
mal :
"j'ai une super idée, et je vais demander à mon neveu de me la
programmer".